« Hum, il est quelle heure ?

10h13

Ah déjà…

A priori il devait y avoir de quoi nous faire dormir dans les crêpes ! Damien a passé une nuit un peu tumultueuse de son côté à penser à plein de choses avec les récents évènements tandis que de mon côté… j’ai préféré occulter tout cela en dormant comme une masse. Mais au réveil tout refait surface.

Chrys nous a créé un nouveau groupe WhatsApp afin d’aller vers une solution en dur pour la suite des choses. Le camping ne sera malheureusement pas une solution viable pour la suite du voyage même si nous y étions tous très bien. En étant au sein d’un airbnb fermé et en groupe, ce sera mieux. Pas de doute là-dessus. Mais qu’en est-il de la suite ? Si le Chili maintient son état d’urgence sur les 90 jours annonces. Qu’allons-nous faire ici ?

Mais avant cela, Air France continue de jouer au yoyo avec mon cœur. Quoi ? Mais pourquoi elle parle de Air France ? Ils veulent rentrer maintenant ?! Il faut savoir qu’avant-hier nous n’avions pas tout dit. Dans les démarches anticipées pour un plan B, nous avions également demandé par e-mail à Air France si notre chien s’enregistrait sur les vols de rapatriement comme un chien classique. Le verdict est tombé : non, seuls les petits chiens de -7 kgs sera accepté. What ?!

S’en sont suivis des échanges avec ambassade, consulat, Air France.

L’ambassade ne peut obliger une compagnie à modifier ses conditions de vol

Je vous invite à contacter la compagnie Iberia qui dispose de vols au départ de Santiago ou bien à voyager sans votre animal de compagnie. Vous pouvez également contacter une société spécialisée chilienne dans le transport d’animaux www.travelmascotas.cl

Yes, You can take the Dog to Paris »

Im sorry I just received last minute information and only pets in cabin are permited. Is your dog small or large???

Im so sorry to inform you that this is not possible at this time with the contingency »

Voilà je ne vais pas vous faire un schéma. Même si nous avions souhaité rentrer nous étions en réalité “bloqués” pour ne pas abandonner un membre de notre famille au Chili. Et là cela nous a bien miné le moral. Mais autant vous dire que l’on a pas lâché. Les échanges se sont intensifiés et nous sommes montés de deux strates chez Air France par téléphone cette fois-ci. Mais là c’est à présent à l’ambassadeur de prendre une décision ? Quoi ? Ça frise le ridicule.

Bref, c’est de là que vient la phrase ci-dessus relative aux conditions de vol. J’imagine que le yoyo avec nos cœurs est plus facilement compréhensible à présent. Pendant ce temps, les copains ont le consulat au téléphone afin d’expliquer l’arrivée de l’armée hier et tenter d’obtenir un document les autorisant à rester sur le territoire en cette période compliquée.

Et finalement après beaucoup d’échanges, Air France branche chilienne revient vers nous et confirme avoir échangé avec le chef d’escale. Ok notre chien pourra embarquer en soute sur le vol de demain et ils ont deux places pour nous. Ils nous envoient donc un devis par e-mail et nous pré-réservent des places dans “le dernier vol”. Car oui, demain, le dernier vol affrété par Air France quittera la capitale chilienne pour ramener à nouveau des ressortissants français dans l’hexagone.

Jouons-nous la carte de la sécurité réellement en décidant de rentrer en plein pic d’épidémie? Ferions-nous un meilleur choix en restant ici ? Avons-nous peur de l’échec qu’un retour en France symboliserait dans nos têtes ? Du moins c’est ainsi que cette échappatoire (tiens c’est féminin ou masculin ça ?) m’apparaissait et je ne voulais même pas y penser. Nous avons vécu de superbes instants, rencontré de belles personnes et récemment partagé des moments forts avec la petite tribu du camping où nous nous étions de nous-mêmes isolés.

Mais voilà, on a ressenti le déséquilibre. Arrivé comme un cheveu sur la soupe et sans crier gare. L’équation n’était plus parfaite pour nous. L’armée, les quarantaines qui se développaient dans le monde mais pas au Chili encore, l’insécurité et le manque de visibilité pour les jours à venir… Tout cela nous pesait en réalité. Nous ne nous autorisions pas réellement à penser à la solution retour comme un plan B en s’arrêtant sur le fait qu’un retour avec N’Lou et notre camion n’était pas simple à gérer.

Pourtant, maintenant, nous pouvons vous le confirmer : nous l’avons fait.

Panique à bord. Il est 15h00, état de la situation :

📍 Nous somment “présentement” à 300 kms de Santiago du Chili comme diraient les canadiens.

🗣 Un couvre-feu prend effet dès ce soir entre 22h-05h dans la capitale. Personne n’aura droit de rouler ou sortir dans la rue.

✈️ Nous devons nous présenter à l’enregistrement pour N’Lou et nos bagages à relativement tôt pour un vol à 16h30. Il faut savoir qu’avec un animal, l’enregistrement en ligne n’est pas possible, il faut forcément le faire au comptoir.

🚌 Nous n’avons pas de lieu de stockage pour Picco et d’autant plus, la durée de stationnement nous est totalement inconnue et incertaine. Il nous faudra aussi prévoir de prolonger nos droits d’admission temporaire sur le territoire pour le véhicule.

🐕 N’Lou n’a ni cage ni papiers à jour pour l’exporter. Cela implique de trouver en premier lieu un véto pour attester de sa bonne santé, une SAG (autorité sanitaire émettant le document final permettant la sortie du territoire) et une cage aux normes IATA adaptée au transport aérien.

🎒 Accessoirement nos affaires ne sont pas du tout prêtes après 3 mois et demi en camion. Et on a du pain maison en train de cuire (c’est un détail mais ça donne un peu la température).

🎫 Les billets ne sont pas réglés et on attend de recevoir l’e-mail de confirmation pour 2 adultes et 1 chien

Bref, c’est le flou artistique total à H-25.

Au-delà de notre déception certaine et le sentiment « d’abandonner le navire », nous n’avons pas réellement eu à parler, nous avons senti que nous étions sur la même longueur d’ondes et on a fait ce que l’on sait faire de mieux avec Damien : on a foncé 😝 ! Lui a attrapé tout ce qu’il jugeait utile d’emmener tandis que je réglais les étapes plus administratives : vétérinaire, parking,…

C’est parti… on vide tout !
Et on confine le camion avec nos affaires
Départ du camping

Et un peu après 16h15, nous avons pris la route direction Santiago. Dans la ville de Pichilemu, nous avons fait face à 3 vétérinaires fermés. Ça craint… Tant pis, on fonce et on avisera dans la prochaine ville. Après deux appels, c’est ok. L’un d’eux nous accepte et nous devrions arriver vers 19h45. Si nous arrivons plus tard, il accepte de nous attendre pour un peu plus cher, mais jusqu’à 21h00. Super.

Nous quittons la ville par des barrages citoyens en mode gilets jaunes : feux de palettes et pneus, rassemblement de personnes. Le maire a décidé de chasser tous les étrangers et cela était aussi notre crainte : voir arriver des fous furieux au camping par les champs avec fourches et torches. J’exagère on n’est pas moyen-âge mais quand les mauvais pressentiments vous tiennent… Au final, nous ne serons pas embêtés car nous quittons la ville sans prévoir d’y revenir.

Le petit pot de départ qui va bien
Ça rappelle un peu le travail par moment
Une photo sans sourire…

Et voilà comment s’est organisée notre soirée :

18h24 : Billets payés (x3). On était « larges » fallait payer avant 19h en envoyant notre numéro de CB par e-mail. Normal… Mais dans ce genre de moment, la sécurité passe au second plan

Montant de la transaction : 1 202 024 pesos (1390€ dont près de 200€ pour N’Lou) ✅

19h45 : Comme prévu et sans trainer, nous arrivons chez le vétérinaire qui nous émet le certificat de bonne santé en 45 minutes pour 12000 pesos (13,87€). Bon, heureusement qu’on sait N’Lou en pleine forme car c’était pas une flèche et il avait des attitudes d’ado sorti du lit avec son sweat à capuche ✅

21h38 : Pour la cage c’est compliqué. Il faut qu’elle soit normée IATA pour l’avion… Nous en avons repérée une sur yapo.cl (leboncoin chilien). Tant pis pour l’heure, on prend contact. La nana est super réactive mais la problématique est le couvre-feu. nous ne savons pas encore comment la récupérer. On va tenter d’aller jusqu’à chez elle quand même et au pire on ira la chercher demain matin très tôt. C’est pour nous un réel cas d’urgence ✅

22h10 : Nous entrons dans la ville malgré le couvre-feu décrété à partir de 22h00. Très peu de voiture. On avance avec précaution mais nous ne sommes pas fiers de nous. ❌

22h42 : Nous finissons notre course en étant arrêtés par une patrouille de police à 560m de notre but. On essaye de s’expliquer mais ça ne rigole pas. Les mots sont que la situation est critique et comme en France. Personne ne doit sortir. On ne pouvait pas mettre la nana en porte-à-faux en expliquant où nous allions. Notre vol et notre cage, ils n’en ont rien à carrer… Ils nous ordonnent de nous garer immédiatement dans une rue adjacente et de faire profil bas car si ce sont les carabineros (armée) qui nous tombe dessus ce sera une autre histoire 🚨

22h47 : On a pris la rue adjacente qui était celle de la nana… On a définitivement une bonne étoile (merci là-haut 💫). La cage est récupérée en mode trafic de drogue. La nana a ouvert son portail, poussé la cage dans la rue. J’ai tendu la liasse de billets.

Durée de la transaction : 12 secondes.

Montant de la transaction : 150000 pesos (173,41€)

Le principal : on a la cage, elle est en parfaite condition et aux normes comme prévu ✅

23h00 environ : Après nous être garés quelques mètres plus loin, on se pose pour dormir. La discrétion nous oblige a dormir tous les trois à l’arrière sur 1 place car la moitié du lit est occupée par la cage et nos 4 sacs… Et accessoirement, nous n’avons ni couette, ni oreillers. Tout est déjà barricadé et scellé.

23h46 : Parking réservé en zone aéroportuaire (😅 voilà voilà) jusqu’au 01/05 (et renouvelable par WhatsApp). Ouf ce ne sont pas les prix à la française.

Montant de la transaction : 133 875 pesos (155€) ✅

A présent, nous allons essayer de dormir avec un N’Lou qui est heureux comme un pou de dormir avec nous… Et est bien décidé à le montrer en s’étirant dans tous les sens… Je vous passe la sortie besoins pressants pour nous 3 dans une rue pavillonnaire en plein couvre-feu… Nous avons l’impression d’être des criminels. Nous ne pouvons nous empêcher d’avoir une pensée pour la période de la seconde guerre mondiale et du traitement des juifs. C’est totalement incomparable, c’est plutôt ce sentiment de devoir se cacher, agir en douce et subir la situation qui est difficile à gérer. Bref, c’est notre sentiment. C’est compliqué à exprimer…

Nous avons été des machines aujourd’hui et on peut être fiers de nous. Cette décision on l’assume même si on ne sait pas encore où elle nous mènera et que rien n’est encore fait. Que demain on a encore de nombreuses étapes à passer avant de monter dans l’avion. Mais on a mis toutes les chances de notre côté.

Check up véto pour Loulou
Réglementation Air France pour la cage
On a ratissé large pour trouver des options
Finalement, merci au bon coin chilien
On ne se pose pas de question, on fonce
La réservation parking est ok
Allez, bonne nuit hein… on se coller serrés !

Nous n’avions rien dit à nos familles, amis et nos proches pour ne pas les inquiéter et ne pas avoir de pression qui aurait pu influer sur nos décisions. Maintenant voilà, après 107 jours, nous voilà parés à rentrer momentanément (on insiste) vers le chaos !

PS : Voilà la raison pour laquelle je n’ai pas pu assister à l’appel pour te souhaiter un joyeux anniversaire Marina avec les autres… Mais ici je te le redis. Happy birthday 🥳😘

9 Replies to “[2020-03-26] C’est maintenant ou “jamais” pour se décider à mettre ou non en suspens le voyage”

  1. Cachotiers !!!! Mais heureux pour vous . Gros bisous pour l’instant et à très bientôt sur le blog ….. ❤️❤️❤️😍

  2. Quelle aventure ! bon courage et bon voyage. on pense à vous Yves et Anne-Marie

  3. Action/réaction!!… Vous êtes de sacrés warriors!!… Épatants!!…
    Encore digne d’un film à suspens!!
    C’est dur aujourd’hui mais cela deviendra un sacré souvenir de voyage!!
    #oscardumeilleurscenario
    #vousavezfaitlebonchoix

  4. Quand la machine est lancée poussez vous devant ! Sacré team qui passe en mode action 👧🏻🧔🐶🚐 Un peu de culot, un vrai sens de l’organisation, une once de bonne étoile et beaucoup de détermination ! Bravo ! Bon choix et bon voyage 🤘✈️

  5. Analyse, étude d’exfiltration et GO, ça me rappelle, la belle époque de l’Armée, et la cohésion de l’équipe, ce qui n’existe plus beaucoup dans ce pays. Bravo pour vôtre choix, et reposez vous de cette expédition contrainte, bisous. et bienvenue, en dépit du confinement.

  6. Que de prouesses réalisées, mais le principal c’ est d’ être bien arrivé.et finalement rien était gagné avec le chien,la bonne étoile ⭐️ était avec vous. Bisous bisous

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